n°4
Janvier
2009
Institut des Grilles : bilan après un an d’existence

Voilà un peu plus d’un an que l’Institut des Grilles a été créé, voici donc un premier bilan de l’année écoulée. Pour rappel, l’IdG a pour mission de consolider les infrastructures existantes dans le domaine des grilles de calcul et de permettre la meilleure synergie possible entre les différents acteurs. Le développement des grilles de production tant au niveau national qu’au niveau européen s’est poursuivi avec ardeur. Signé le 18 décembre 2008 par le Directeur Général de la Recherche de l’Innovation, le protocole d’accord, entre tous les grands organismes de recherche en France (CNRS, CEA, INRIA, INRA, CPU, RENATER et Ministère) institue en particulier le comité de pilotage national dont la mission est de conduire le développement et de pérenniser de la grille de production tant sur le plan national qu’européen. Les premières discussions sur le plan des embauches 2009-2010 afin de stabiliser les experts recrutés jusqu’à présent sur des contrats temporaires européens, et sur un plan de création de nouveaux nœuds dans les grandes villes universitaires non encore connectées à la grille de production nationale, ont commencé fin décembre. Les différents statuts possibles de la future structure pérenne en charge de la Grille de production française ont aussi été évoqués. Sur le plan européen, le comité de pilotage a marqué son soutien fort à l’initiative EGI (European Grid Initiative) visant à pérenniser la grille de production européenne, en soutenant le dépôt d’une candidature française pour l’accueil de la structure centrale EGI.org. La candidature de Lyon a été retenue et son dépôt doit s’effectuer d’ici le 7 Janvier 2009. Le choix du site d’EGI.org sera annoncé en mars 2009. Le document décrivant en détail EGI appelé « Blueprint » est disponible sur http://www.eu-egi.eu/blueprint.pdf

Il devrait être approuvé le 20 janvier 2009 lors de la réunion du Policy Board, l’assemblée où tous les pays participant à EGI seront représentés. Ce calendrier serré vise à garantir une transition efficace et sans heurts entre la mise en place complète de la structure EGI et la fin du projet EGEE-III en avril 2010.

Guy Wormser, directeur de l’Institut des Grilles, et Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, à la Ville Européenne des Sciences, en novembre dernier à Paris. (© IDG/CNRS) Guy Wormser, directeur de l’Institut des Grilles, et Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, à la Ville Européenne des Sciences, en novembre dernier à Paris. (© IDG/CNRS)

Sous l’égide du Comité de pilotage national, et avec la participation de tous les organismes concernés, l’Institut des Grilles du CNRS a organisé le colloque de prospective nationale pour recenser les besoins liés aux grilles de calcul dans tous les domaines scientifiques. Il s’est tenu à Paris les 6 et 7 octobre 2008. (cf. le site du colloque). S’appuyant sur le travail de 8 groupes thématiques –chacun correspondant à une discipline scientifique- et de 6 groupes de travail transverses, ce colloque a permis de mesurer, à travers les résultats de sondage ayant touché plus de 3000 chercheurs, l’impact actuel des grilles de calcul et l’ « appétit » des scientifiques pour cet outil dans le futur. Les conclusions de ce colloque seront publiées dans un livre blanc qui sera rendu public en janvier. On peut d’ores et déjà conclure que la grille de production est devenu un outil incontournable et très apprécié dans nombre de domaines scientifiques et là où elle est encore peu utilisée et méconnue (ce qui reste encore le cas le plus fréquent d’où la nécessité d’un grand effort d’information et de formation que nous entreprendrons en 2009), elle suscite un grand intérêt et de nombreuses idées de projets ambitieux ont été mises en avant.

Les deux instances statutaires de l’Institut des Grilles, Comité de Pilotage et Conseil Scientifique, se sont respectivement réunies fin juin et début septembre 2008. Elles ont apporté un fort soutien à la politique et aux actions menées jusqu’à présent. Le Conseil Scientifique a par ailleurs recommandé d’intensifier le dialogue scientifique auprès des deux partenaires naturels de la grille de production : les supercalculateurs qui s’organisent eux-mêmes en grille (projets DEISA et PRACE) et la grille de recherche (GRID5000), en privilégiant des actions bien ciblées menées en commun. Une suggestion pour 2009 serait d’organiser une journée d’échange et de débats sur les passerelles existantes et à créer entre les grilles de production et les grilles de recherche autour de l’Ecole de Printemps de Nancy. Cécile Germain (LRI) a accepté d’explorer cette piste pour le compte de l’IdG.

Une des spécificités de l’Institut des Grilles du CNRS est de recevoir délégation du Directeur Général pour la gestion de certains programmes européens. Quatre grands programmes sont actuellement gérés par l’Institut des Grilles et sa gestionnaire très dynamique, Mélanie Pellen : EGEE-III, EGI_DS, EELA2 et EDGES. La gestion centralisée de ces programmes, grâce à l’aide de la Délégation Régionale 4 (Gif s/Yvette), permet une grande efficacité. Une nouvelle vague de projets est en cours d’approbation (EPIKH, Euroenbryome,..)

Communication et coopération sont deux axes forts de la politique de l’IDG. Sur le plan de la communication et notamment vis-à-vis du grand public, l’IDG a participé de façon très visible à l’opération « Ville Européenne des Sciences » du 14 au 16 novembre 2008 en y accueillant un nombreux public ainsi que deux ministres, Mme Valérie Pécresse et Monsieur Jean-Louis Borloo. Dans la foulée, Hélène Kérec et son équipe se sont rendus à Lyon pour participer fin novembre à la conférence majeure ICT08 organisée par la Commission Européenne pour y présenter de nombreuses démonstrations qui ont rencontré un vif succès. Côté coopération, l’IDG a décidé de se concentrer sur l’aide à l’Afrique subsaharienne avec deux portes d’entrée privilégiées : l’Afrique du Sud et le Sénégal. Une première réunion en mai à Prétoria, organisée avec l’aide de l’ambassade de France sur place et Anne Corval, représentante du CNRS pour l’Afrique, a permis de mettre en route un plan d’action comprenant de la formation d’experts africains en France (une session s’est tenue en septembre à Orsay avec la participation d’ingénieurs système d’Afrique du Sud et du Sénégal), et l’organisation avec la collaboration de nos collègues italiens de l’INFN d’une école destinée aux utilisateurs à Durban en décembre 2008. Début 2009, une importante grille sud-africaine sera mise en service et connectée à la grille européenne EGEE. En parallèle, le premier nœud de grille de l’Afrique subsaharienne a été installé à Dakar par Michel Jouvin (LAL/IDG) en juillet 2008 avec l’aide du programme HP-Unesco qui a fourni le matériel nécessaire à l’Université Cheick Anta Diop. 2009 sera donc l’année de la consolidation de cette politique avec en particulier la préparation d’un projet européen EUAfrica pour développer les applications scientifiques africaines, la participation de scientifiques africains aux grands projets internationaux, le renforcement des nœuds de grille existants et la création de nouveaux nœuds (prochain objectif : Brazzaville !).

L’automne 2008 aurait dû être marqué par un grand événement : le déploiement à pleine puissance de la grille mondiale W-LCG destinée à l’exploitation scientifique des données issues de l’accélérateur LHC. La panne sévère du LHC survenue le 19 septembre juste quelques jours après sa brillante mise en service ne l’a hélas pas permis. Toutefois, la grille W-LCG a prouvé lors de nombreux tests et exercices en grandeur réelle qu’elle est tout à fait prête à ce grand démarrage maintenant repoussé à l’été 2009.

Pour terminer ce panorama de nos activités 2008, je me réjouis de la grande confiance que l’AFM, IBM et le CNRS vont marquer à l’Institut des Grilles en lui « remettant les clés » de la grille Décrypthon, une grille originale basée sur le logiciel DIET développé par Frédéric Desprez (LIP-ENS) et dédiée à la recherche sur les maladies génétiques.

L’année 2008 a donc été très riche en activités diverses, principalement tournées vers les grilles de production du fait de la nécessité de mettre en place tant en France qu’en Europe des structures pérennes et solides. C’est sur cette fondation forte que nous pourrons en 2009 développer nos actions de dialogue et d’animations scientifiques vers la communauté des chercheurs en informatique travaillant sur les grilles, notamment grâce aux premiers résultats de l’Observatoire des Grilles qui se met en place de façon satisfaisante.

Guy Wormser, directeur de l’Institut des Grilles