n°16
Mai
2011
Cloud Computing : suivez le guide !

Il y a presque 15 ans, lors d’une conférence à Dallas, le Pr R. K. Chellappa inaugura le terme de Cloud Computing. Il le présentait alors comme "a new computing paradigm where the boundaries of computing will be determined by economic rationale rather than technical limits alone" (Pr Chellappa R. K., Intermediaries in Cloud-Computing, Dallas, 1997).

Aujourd’hui, le Cloud Computing est synonyme d’externalisation des données et traitements informatiques de l’infrastructure locale vers des serveurs distants, auxquels l’utilisateur accède par le réseau, quelque soit leur emplacement dans la « nébuleuse » Internet (le cloud). A l’instar de l’électricité qui est disponible depuis la prise de courant peu importe son lieu de production ou son origine nucléaire, éolienne... Nombre d’entre nous utilise déjà des applications de Cloud Computing ; l’exemple le plus évident étant celui des messageries en ligne.

Parmi les leaders du domaine : Google et ses outils de bureautique en ligne (Google Apps) - http://www.google.com/apps, Amazon et ses Web Services (AWS) - aws.amazon.com. Lancé en février 2007, Google Apps comptait pour l’année 2009-2010, 5 millions d’étudiants utilisant activement son Education Edition. Il y aurait aujourd’hui 3 millions d’entreprises clientes des Google Apps for Business, dont plus d’un million en Europe. En août 2006, Amazon ouvrait l’accès à son infrastructure de Cloud. En mars 2010, son service de stockage en ligne hébergeait plus de 102 milliards de fichiers contre 52 milliards un an plus tôt, où les activités Cloud Computing du groupe représentaient moins de 3% de son chiffre d’affaire.

La promesse de cette technologie pour le client : un accès au service à la demande et potentiellement illimité, sans coût d’investissement supplémentaire (matériel, licence, expertise, maintenance). Il paie uniquement ce qu’il consomme. L’administrateur de Cloud lui garantit la qualité et la continuité d’un service accessible depuis une simple application Web. Le nerf du Cloud Computing c’est le réseau, dont on exige rapidité, fiabilité et disponibilité. La stratégie, qui constite à s’appuyer sur des solutions existantes (TPC/IP, SOA, informatique distribuée, virtualisation), permet en principe de réduire les développements nécessaires à la mise en œuvre du Cloud Computing.

Le partage des ressources informatiques, à l’origine de la mise en place de la grille européenne (actuelle EGI) au début des années 2000, est également au cœur du concept de Cloud Computing. Migrer la grille sur le Cloud serait donc une suite logique, du moins selon le point de vue du projet StratusLab (stratuslab.eu) démarré en juin 2010. Son objectif est de fournir une solution complète pour installer, administrer et contrôler une infrastructure de calcul distribué virtualisée. La grille, forte de ses modèles de sécurité et de fédération des ressources déjà éprouvés, bénéficiera ainsi de la simplicité et de la flexibilité caractéristiques des Clouds. L’utilisateur pourra développer son environnement d’exécution personnalisé sous forme d’images déployables sur les nœuds virtuels et partageables au sein d’un marketplace. Et l’administrateur grille pourra adapter en temps réel la taille de son site (puissance de calcul et stockage) aux besoins des utilisateurs. A terme, c’est la construction d’une grille souple, facile à implémenter et donc plus attractive auprès des communautés scientifique et industrielle.

Le Cloud Computing présente de nombreux atouts. Mais il soulève aussi bien des objections concernant la nécessité de standardisation des interfaces, la perte de maîtrise pour le client, la forte dépendance au réseau, la pérennité des solutions Cloud. Et le véritable point sensible reste la sécurité : la protection des données hébergées, les possibilités d’utilisation abusive par les spammeurs ou les pirates informatiques... Autant d’interrogations auxquelles les fournisseurs de Cloud devront apporter des réponses satisfaisantes s’ils ne veulent pas voir le soufflé marketing retomber.

Christelle ELOTO