n°16
Mai
2011
Japon : des nouvelles de nos collègues
Laboratoire International Associé Toshiko Yuasa

Le 11 mars dernier, le Japon était touché par l’un des séismes les plus puissants que le monde moderne ait connu, bientôt suivi par un tsunami qui a ravagé la côte nord-est avec les conséquences dramatiques que l’on sait. Au-delà du drame humain, la communauté scientifique française s’est émue du sort des collègues japonais ou immigrés qui se trouvaient sur place lors du désastre. En effet, de très nombreuses collaborations scientifiques lient le Japon et la France, et comme souvent, au-delà des projets et des réalisations, ces échanges s’enrichissent de contacts humains qui dépassent les simples relations de travail.

L’IN2P3 et le Japon collaborent notamment dans le cadre du Laboratoire International Associé Toshiko Yuasa (ex FJPPL) et plus spécifiquement sur un projet autour des grilles de calcul qui lie le centre de calcul de KEK et le CC-IN2P3.

Dès le 11 mars le CC-IN2P3 a reçu des nouvelles de Damien Mercier ancien du groupe support (CMS) installé depuis peu au Japon près de Tokyo ; celui-ci nous rassurait et semblait même surpris de l’ampleur de la couverture médiatique de l’évènement en France. Il était en tout cas frappé par la qualité des constructions anti-sismiques à Tokyo et par l’efficacité de l’organisation du pays.

Nous sommes restés sans nouvelles de KEK jusqu’au 14 mars en raison des pannes des réseaux électriques et de téléphonie mobile. Finalement nous avons été rassurés par notre collègue Takashi Sasaki puisqu’aucune victime n’était à déplorer, ni à KEK ni sur le site voisin de Tokai. Les dégâts matériel étaient et demeurent significatifs mais restent heureusement dans le domaine du réparable. Les lignes de faisceaux ultra-précises ont été bien évidemment particulièrement bousculées (voir : http://www.kek.jp/intra-e/press/2011/PFRecoveryProspects.html)

Le mail et le serveur web de KEK ont été les équipements informatiques les plus prompts à revenir en ligne, ce qui a d’ailleurs permis à KEK de publier très tôt des mesures de radioactivité régulières et indépendantes des organismes officiels (voir : www.kek.jp/quake/radmonitor/index-e.html).

Le problème principal aujourd’hui pour l’ensemble du site de KEK réside dans la pénurie d’électricité qui impacte fortement l’ensemble du pays. Fin mars, le directeur du centre de calcul de KEK, Mitsuaki Nozaki m’informait que KEK devait fonctionner avec une puissance réduite à 10 à 20% de la normale, limitant fortement le centre de calcul. Dans ces conditions l’analyse des données de l’expérience Belle s’est trouvée bloquée, conduisant la collaboration Belle à redéployer ses données et son analyse sur les autres sites de la collaboration. Soutenu par Jacques Martino, le CC-IN2P3 a offert des moyens informatiques à la collaboration Belle, ceux-ci seront utilisés si les ressources internes s’avèrent insuffisante. Il est évident que face à de telles difficultés l’entraide scientifique doit jouer à plein.

Conséquence inattendue de la situation au Japon, les dernières machines DELL qui doivent être livrées au CC-IN2P3 risquent de prendre du retard en raison de problème d’approvisionnement au niveau des alimentations électriques d’origine japonaises. Ceci est évidemment dérisoire face au drame humain, mais illustre à quel point l’économie du pays tout entier est impactée.

Dominique BOUTIGNY