n°2
Septembre
2008
Fairouz Malek : "La grille, cette utopie technologique dont le LHC avait besoin"

- Quel est votre rôle au sein du projet LCG-France ?

LCG-France est la partie française de la grille de calcul du Large Hadron Collider (LHC). Dans ce cadre, mon rôle principal est celui de manager. Il s’agit de coordonner les activités des sites LCG-France, d’organiser et d’animer des rencontres ou des ateliers scientifiques, de communiquer à l’intérieur de cette communauté et vers l’extérieur dans le cadre de W-LCG, de travailler sur les plans budgétaires et de recrutement de postes pour le projet, de veiller à ce que l’exécution du budget soit conforme aux prévisions et aux besoins, d’en référer auprès des agences de moyens et autorités scientifiques concernées, etc. Un travail de chef d’entreprise fort heureusement secondé par des collègues experts et compétents.

- Pourquoi avoir choisi les technologies de grille pour traiter les données du LHC ?

Le LHC s’est creusé la tête longtemps sur la manière de gérer tant de données … centralement ? de manière distribuée ? où ? comment ? qui paie quoi ? En 1996, la communauté était convaincue de la nécessité de concevoir un modèle de calcul distribué. A cette époque, l’idée d’avoir 2 ou 3 centres régionaux hors du CERN avait déjà fait son chemin. L’idée de la grille, telle que nous la concevons aujourd’hui, s’est vite imposée dès 1998 après le succès du livre de Ian Foster. La grille de calcul qui permet de se brancher de n’importe où et de consommer les ressources là où elles se situaient sans les transporter, cette utopie technologique, c’est bien de cela dont le calcul LHC avait besoin. Il est bien évident que nous n’en sommes pas exactement à fonctionner de cette manière, cependant la grille actuelle est un véritable défi technologique et un exploit mondial.

- A quoi va servir le LHC ?

A répondre à des questions fondamentales comme ‘comment la matière acquiert sa masse ?’. Certes, ce n’est pas une question qu’on se pose tous les matins en se regardant dans le miroir, mais scientifiquement, c’est une connaissance qui contribue à comprendre la genèse de notre univers.

- Quelles ont été les principales difficultés dans le déploiement de cette grille ?

Je dirais l’augmentation rapide du matériel, quasi exponentielle, le manque de maturité des logiciels, la mise à l’échelle des logiciels et des outils. Enfin, le manque de personnel et, en particulier, l’implication faible des physiciens.

- A une semaine du démarrage du LHC, comment vous sentez-vous ?

Etrangement ... très sereine. Je considère que le calcul LHC est un sous-détecteur de chacune des quatre expériences LHC. Et comme pour chaque sous-détecteur, il va devoir être mis en route avec précaution, réglé, calibré, éprouvé encore pour quelques semaines voire quelques mois, avant de donner son maximum d’efficacité à son fonctionnement et laisser la place à la physique de se sublimer.

Propos recueillis par GAELLE SHIFRIN