n°26
Février
2014
IPv6, c’est pour demain !

Réseau

IPv6, c’est pour demain ! Combien de fois les informaticiens du monde entier (et de l’IN2P3 surtout), ont entendu prononcer cette phrase depuis quinze ans ? Si la nouveauté de l’adressage réseau et des protocoles associés ont attisé la curiosité de nos experts au début, ce gimmick est devenu la plaisanterie des initiés de la dernière décennie.

IPv6 c’est pour demain ! « Oui et moi je partirai en retraite que ça ne sera pas déployé » disait cet ingénieur réseau de l’Institut. 10 ans se sont écoulés, il est parti en retraite et nous utilisons toujours exclusivement IPv4.

Certaines initiatives ont effectivement émergé avec l’objectif de préparer cette transition, comme ce réseau de tests « PHYNET IPv6 » [1] déployé en 2004 au Centre de Calcul et mettant en œuvre une dizaine d’équipements réseau et autant de serveurs. Depuis plus rien.

Mais reprenons l’histoire au début. IPv4 et son plan d’adressage sont définis en 1981 (RFC791) [2] par l’IETF [3]. Cet adressage nécessaire aux communications réseau entre ordinateurs est codé sur 32 bits, proposant un peu plus de 4 milliards d’adresses IP différentes, une adresse étant en général associée à un ordinateur. Même si l’année 1981 voit naître le premier ordinateur personnel ; l’IBM Personal Computer ; les ordinateurs restent peu nombreux et majoritairement réservés aux professionnels de l’informatique. Le nombre total d’adresses IP ramené à celui des ordinateurs en service et connectés sur le réseau semble donc, à cette époque, réaliste.

Oui mais voilà, avec une population de près de 7 milliards d’individus en 2011 et la généralisation des connexions à l’Internet de nos équipements électroniques, du pèse personne, de nos téléphones aux ordinateurs traditionnels, la pénurie d’adresses IPv4 semble finalement bien s’annoncer. Ni l’utilisation du routage CIDR [4], ni l’introduction de la technique du NAT [5], n’y changeront quelque chose. Au mieux, ces techniques retarderont l’échéance.

IPv6, dont la version finalisée est proposée par l’IETF en 1998, propose une solution à cette pénurie d’adresses IPv4. C’est décidé, l’adresse IPv6 sera quant à elle codée sur 128 bits au lieu des 32 de la v4 et offrira alors 340 milliards de milliard de milliard de milliard (ouf…) de combinaisons. Ceci devrait permettre à chaque représentant du genre humain sur cette belle planète, de connecter pour ses besoins des milliards d’équipements électroniques au réseau pour les siècles à venir, même si la croissance démographie n’infléchit pas.

L’intérêt pour IPv6 était au rendez-vous en octobre 2012 aux journées informatiques qui se tenaient à La Londe les Maures avec deux présentations et des discussions sur l’organisation de cette transition au sein de l’Institut. Le réseau des informaticiens de l’IN2P3 et de l’IRFU l’a bien compris. S’il était urgent d’attendre jusqu’ici, il est désormais temps de monter dans le train IPv6. Certes, la transition sera longue, mais il semble difficile de reporter plus encore ce lent basculement vers IPv6.

Depuis les Journées Informatiques le travail s’est organisé. Le groupe réseau du Centre de Calcul a initié en 2013, le remplacement des routeurs des laboratoires pour un complet support du nouveau protocole réseau. Le remplacement de ces matériels s’échelonnera jusqu’en 2015, de manière à étaler, pour des raisons budgétaires principalement, le renouvellement de cette infrastructure d’interconnexion réseau.

Les préfixes IPv6 ont été demandés pour l’ensemble des laboratoires de l’IN2P3. La plupart ont été fournis par RENATER, les derniers devraient être délivrés dans les semaines à venir.

Un réseau public IPv6 a été routé au Centre de Calcul en octobre 2013, une grande première !

Un état des différentes actions effectuées par le groupe réseau du CC-IN2P3 sur cette année 2013 a été présenté par Jérôme BERNIER lors des Rencontres France-Grilles/LCG-France, en novembre à Villeurbanne.

Le chantier est important et prendra du temps (quelques années ?), pour déployer IPv6 dans les différents sites IN2P3 mais également pour valider l’ensemble des logiciels utilisés dans notre communauté avec ce nouveau protocole.

De manière à avancer tous ensemble la formation d’un groupe de travail a été annoncée au mois de novembre 2013 par mail. Cet article se veut relayer le message d’annonce. Tout informaticien de l’IN2P3 et de l’IRFU est invité à se joindre à ce groupe IPv6. Une liste de diffusion « ipv6-l(at)in2p3.fr » a été créée ainsi qu’un espace projet, pour centraliser la documentation produite et organiser le travail qui nous attend.

Pour des renseignements complémentaires sur les futures actions liées au déploiement d’IPv6 à l’IN2P3, et/ou pour rejoindre le groupe de travail, Jérôme BERNIER ou Laurent CAILLAT-VALLET restent à votre disposition.

Alors, IPv6, c’est pour demain ? Non, IPv6, c’est pour maintenant !

Benoit DELAUNAY

[1] Pour les plus jeunes lecteurs, PHYNET était le réseau privé de l’IN2P3 avant le basculement à RENATER en 1999.

[2] RFC, pour « Requests For Comments »

[3] IETF - Internet Ingineering Task Force www.ietf.org

[4] CIDR - Classless Inter-Domain Routing

[5] NAT – Network Address Translation

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