n°9
janvier
2010
Vincent Breton, nouveau directeur de l’Institut des Grilles

Portrait d’un scientifique humaniste

Vincent Breton, nouveau directeur de l'IdG.

« Je veux travailler en prise avec la société, je ressens le besoin que ma recherche soit plus utile aux gens qui m’entourent et à la société en général », voici résumée la philosophie qui mène Vincent Breton à faire basculer son activité scientifique à partir de 2000.

Après l’école Centrale de Paris et une thèse en physique nucléaire au CEA, entre 1988 et 1990, sa carrière le promène alors du Laboratoire de Physique Corpusculaire de Clermont-Ferrand, où il est chargé de recherche, à SLAC et au Jefferson Laboratory (USA), où il travaille sur les deux accélérateurs, puis sur une des quatre expériences du LHC : LHCb.

Mais, en 2000, un événement va changer sa vision des choses : alors qu’il rend visite à un ami atteint d’un cancer, il réalise que les hôpitaux ont des technologies de haut niveau mais non comparables à celles des laboratoires. Il décide donc de réorienter ses travaux vers des recherches appliquées et de mettre celles-ci à la disposition de la société qui nous entoure.

Lors du démarrage des grilles et plus particulièrement du projet DataGrid, Vincent lance alors une collaboration avec des médecins et biologistes de Clermont-Ferrand. A l’époque Christian Michau, responsable DataGrid au CNRS, lui demande d’animer un groupe de travail sur le biomédical. « En 2001, le directeur du LPC, Bernard Michel, a ouvert la porte pour que je puisse créer une équipe de recherche sur cette thématique à l’interface entre physique des particules, physique nucléaire et sciences du vivant et santé en s’appuyant sur l’informatique. » Il travaille donc sur le développement d’outils d’analyse de données à grande échelle pouvant répondre aux problèmes des sciences du vivant. La communauté grandit peu à peu et il continue à animer les travaux dans ce domaine dans le projet EGEE, en s’appuyant de plus en plus sur des spécialistes de l’imagerie médicale et de la bioinformatique, comme Johan Montagnat (laboratoire I3S) et Christophe Blanchet (IBCP). A partir de 2002, il anime une initiative de grille régionale en Auvergne qui deviendra Auvergrid. Mais l’étape essentielle de la démonstration de l’impact des grilles est franchie avec le projet WISDOM qui va permettre de découvrir sur la grille des nouvelles molécules actives contre le paludisme, la grippe aviaire et le diabète.

« Avec Nicolas Jacq, nous avons eu à cœur dès 2004 de démarrer un travail sur le paludisme car cette maladie est un fléau qui tue des centaines de milliers d’enfants en Afrique mais la recherche manque de moyens pour la combattre. » Grâce aux grilles, ils cherchent de nouveaux médicaments potentiels en lançant un criblage numérique à grande échelle. Pendant l’été 2005, l’analyse de 500000 médicaments potentiels requièrent 80 années de calcul et après analyse des résultats, des molécules intéressantes sont sélectionnées et brevetées.

Suite à ce succès, la collaboration WISDOM se penche alors sur la grippe aviaire, puis sur le diabète dans le cadre du Laboratoire International Associé FKPPL entre la France et la Corée. Depuis 2008, s’appuyant sur les progrès réguliers de la technologie, son équipe de recherche développe de nouvelles stratégies de surveillance des maladies émergentes comme la grippe A, en collaboration avec des équipes américaines et asiatiques. Dans le cadre d’un partenariat public-privé, elle collabore à la mise en place d’un réseau de surveillance du cancer, à l’échelle de la région Auvergne.

Homme de foi, chrétien engagé, Vincent Breton avoue volontiers que ses motivations sont d’ordre éthique et moral. Il veut s’attaquer à des problèmes touchant les pays en développement. Pour lui, la grille est synonyme d’égalité, c’est un outil de partage et de mutualisation avec lequel nous pouvons combattre et réduire la fracture numérique entre les pays du Sud et ceux du Nord. Grâce à la grille, les chercheurs des pays en développement ont accès aux mêmes ressources que les chercheurs des pays développés.

«  La technologie des grilles apporte des outils pour penser la science autrement et proposer des solutions nouvelles à des problèmes anciens. Le champ d’application est immense, il y a tant de choses à faire ! » Il est donc aujourd’hui naturel que Vincent Breton prenne, depuis le 1er janvier 2010, la tête de l’Institut des Grilles.

Ses priorités : offrir une infrastructure opérationnelle aux communautés scientifiques, toucher une communauté de plus en plus large, développer la synergie entre, d’une part, les grilles de recherche et les grilles de production et, d’autre part, entre la recherche sur les grilles et leur utilisation. Enfin, collaborer à l’international en intégrant des acteurs de pays en développement, comme l’avait initié Guy Wormser (ancien directeur de l’Institut des Grilles) avec l’Afrique.

Souhaitons lui bonne chance dans cette nouvelle entreprise et soyons sûrs qu’il saura relever de nouveaux défis, toujours emprunts d’autant d’enthousiasme et de conviction…

Virginie DUTRUEL