n°5
Mars
2009
EcoInfo ou comment rendre l’informatique plus verte

Ecologie

Le marché des Technologies de l’Information et des Communications (TIC) est l’un des marchés qui engage le plus de capitaux au monde avec près de 3400 milliards de dollars américains de chiffre d’affaire en 2008. Ce marché connaît une forte croissance (plus de 10% jusqu’à l’an dernier) depuis sa création il y a près de 30 ans. L’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) a proposé de hiérarchiser les effets des TIC en trois catégories, détaillées ci-dessous.

  Impacts positifs Impacts négatifs
Effets de premier ordre Applications environnementales des TIC comme par exemple le monitoring Impacts écologiques de la production des TIC tels que les DEEE
Effets de second ordre Dématérialisation, changement structurel tels que l’administration électronique, visioconférence, télé-réuions, virtualisation, dématérialisation, demobilisation .. Les produits TIC s’ajoutent aux produits existants Augmentation des transports rapides et des emballages Augmentation de la demande (avoir toujours plus)
Effets de troisième ordre Changement dans les modes de vie tel que consumérisme "vert" Effet "rebond" comme par exemple la croissance du voyage à longue distance

Les discours politiques s’intéressent surtout aux effets positifs de premier et de deuxième ordre. Les TIC étant vus comme des moyens permettant de réduire les GES (Gaz à Effet de Serre) produits par les autres activités humaines. Les Impacts négatifs directs (de premier ordre) commencent tout juste à être pris en compte, de manière assez partielle .. et pourtant :

Le nombre d’ordinateurs a dépassé le milliard aujourd’hui, et aura dépassé les deux milliards dans les dix prochaines années, leur production, leur utilisation, leur « recyclage » ont des conséquences environnementales, sociétales et sur la santé humaine qui sont importantes et graves. Il est urgent pour le consommateur de connaître précisément les conséquences environnementales liées à l’achat d’un ordinateur et d’agir afin de réduire ces impacts.

Le groupe de travail EcoInfo (www.ecoinfo.cnrs.fr) s’est fixé pour objectif de sensibiliser les différents acteurs professionnels (acheteurs, utilisateurs, etc.) à ces problématiques et de proposer des solutions simples à mettre en œuvre et ne dégradant pas la qualité de travail de l’utilisateur final. Ce groupe a récemment renforcé nos interactions avec l’équipe de recherche de Fabrice Flipo, qui ont une approche plus sociologique, voire philosophique du problème et la société TIC ETHIC qui est un bureau d’étude spécialisé en recyclage et gestion des déchets. Il faut savoir par exemple, que la production d’un ordinateur nécessite 100 fois son poids en matières premières, que l’efficacité énergétique des boîtiers d’alimentation en usage actuellement est de l’ordre de 60% et que la consommation électrique annuelle d’un ordinateur serait divisée par 4 si les mécanismes de mise en hibernation ou d’arrêt étaient utilisés. Plus du quart de la consommation électrique d’un bâtiment (secteur tertiaire) résulte directement ou indirectement (climatisation) de l’utilisation de l’informatique : on imagine facilement l’impact d’une telle mesure. La mise en place et l’utilisation d’imprimantes réseaux configurées par défaut en mode brouillon et recto/verso, couplés avec l’utilisation de papier recyclé permet très facilement de réduire de façon très conséquente la consommation de papier blanc et d’encre. Quant aux déchets résultant de l’utilisation des moyens informatiques, une grande partie n’est tout simplement pas recyclée aujourd’hui : 90 % des cartouches d’encre finissent à la poubelle ; 10 kg / habitant / an de Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE) également, malgré la directive Européenne (2002/96/CE) en réglementant la gestion. Les mesures à prendre sont très simples et tombent sous le bon sens : les choix d’architectures logicielles et matérielles, les approches de mutualisation, des achats durables et « verts » (éco labellisés) et socialement responsables permettent de diminuer considérablement notre impact. Augmenter la durée de vie des matériels, exploiter au mieux les ressources en place et gérer les déchets selon la réglementation en vigueur conduit à diminuer le « poids » environnemental de cet outil quotidien et indispensable qu’est l’informatique. Les performances et la fiabilité des systèmes s’en trouveront même accrues !

Le groupe EcoInfo organise une journée de rencontre, présentations sur ce thème le mardi 17 mars au siège du CNRS (Paris) ; les inscriptions sont closes mais vous pourrez suivre cette journée sur le web en direct et en différé (toutes les informations sont sur : http://www.eco-info.org/spip.php?ar...)

Illustrations © Eric Drezet/EcoInfo

Françoise Berthoud